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"L’Accroissement mathématique du plaisir" de Catherine Dufour

Catherine Dufour, multiprimée pour ses romans de fantasy burlesque, de pure SF ou pour ses nouvelles, est une des plus belles plumes de la9782070437405FS.gif SFF francophone. Vous me connaissez, lectrice et lecteur, je ne pèse ni mes mots ni mes sensations, ni même mes sentiments si on va par là.

Ce recueil de vingt et une nouvelles concocté par Richard Comballot, préfacé par Brian Stablelford et postfacé par Madame Dufour qui explique ses textes (et c’est quelque chose, pas comme Isaac) est un pur délice comme il ne m’arrive pas souvent d’en déguster, malgré le nom du blog que vous consultez. Je vais dire deux mots sur mes textes préférés, avec l’assurance que d’autres lecteurs en choisiront d’autres.

Je ne suis pas une légende est une variation tragi-comique sur le trop fameux texte de Richard Matheson, drôle et glauque, et formidablement écrit. Le sourire cruel des trois petits cochons est une histoire  étrange avec un flic, des sureaux qui poussent trop vite dans un cimetière et un petit garçon qui sauve le Monde avec ses rêves. L’immaculée conception est une longue nouvelle qui a obtenu le GPI 2008 dans cette catégorie. Un texte violent, féroce, engagé contre ces injustices flagrantes de la condition féminine que sont la grossesse et l’accouchement, servi par une prose parfaite de sensibilité toute en violence contenue, un quotidien de banlieue sordide, de boulot ingrat, d’une agoraphobie ou asociabilité primaire et vraie. Une claque.

Vergiss mein nicht est un hommage à un mort trop jeune. Du vrai faux fantastique avec l’irruption de la beauté des myosotis dans la boue immonde de nos déchets. Le Jardin de Charlith est une ode à la beauté de la Nature et des gens, mais aussi à l’amour « courtois » entre jeunes adolescents, à l’angoisse et à la tristesse qui les accompagnent.

Confession d’un mort est un texte à la manière de Poe, un brillant exercice de style. Valaam est une histoire dans la Russie maffieuse d’après la chute du Mur, où on apprend des choses sur les icones. Le cygne de Bukowski est un carnet de voyage aux Etats-Unis, avec beaucoup de vécu dedans, qui parlera à tous ceux qui ont « fait la route » là-bas, même si pour moi c’était quinze ans avant.

Avec Une troll d’histoire le lecteur va passer de la mélancolie plus ou moins réaliste des textes précédents à de la fantasy grotesque au comique outrancier. Il découvre que le pougnard, plus gros et plus fort que les trolls, peut tomber amoureux. On reste dans le comique avec La perruque du juge, le procès de Peter Pan. Une nouvelle à double chute. Très drôle.

Le poème au carré est un rêve inédit d’Alice, celle du révérend Dodgson, où sont convoqués Lewis Padgett, Boris Vian et un sous-marin jaune. Il faut se méfier des poèmes traduits par un poète. L’amour au temps de l’hormonothérapie génique est une histoire d’amour (encore) dans un futur proche. La maîtresse délaissée est chercheuse, elle va utiliser ses connaissances pour se venger. Un soleil fauve sur l’oreiller est une très jolie nouvelle sur l’amour d’une mère à son fils. Il y a aussi une vieille dame dans un lavomatic. Superbe et émouvant.

Mémoires mortes, la nouvelle qui devait donner son titre au recueil, est aussi une histoire d’enfance et d’amour entre frère et sœur. Peut-être que les morts survivront dans les mémoires informatiques. Très beau et poignant. Un temps chaud et lourd comme une paire de seins (quel titre !) est paru dans l’antho des Zutos 2009, je vous en ai causé à l’époque.

Lisez et relisez Catherine Dufour, en espérant qu’elle publie très bientôt de nouveau.

Tag(s) : #science-fiction- Planète SF

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