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"Retour sur l’Horizon", deuxième partie, anthologie présentée par Serge Lehman

Pour la première moitié, voir plus bas.


Temps Mort d’André Ruellan est la description d’une agonie en 4 pages, totalement hors contexte d’une SF même indéfinie. Le paragraphe introductif explique que ce texte a été retenu parce que Breton a demandé à Ruellan d’intégrer le mouvement surréaliste et qu’il a préféré écrire dans la collection Angoisse du Fleuve Noir. Comprenne qui peut.

Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais de Léo Henry est une sorte de variation sur la trop usée mise en abîme de cdenoel-lunesantho2009e que c’est que d’écrire ou pas des histoires. Ce vrai faux nombrilisme fait partie des choses qui me fatiguent en littérature, sauf quand c’est Westlake qui s’y colle. Mais c’est assez bien construit et j’y ai vu de l’humour, sans être certain d’avoir eu raison.

Penchés sur le berceau des géants de Daylon est un comble de l’elliptique. L’écriture travaillée et très visuelle est de qualité, mais c’est au lecteur de choisir la chute de l’histoire. Quant à la France dans cent ans et plus, c’est exactement la même qu’aujourd’hui, sauf trois trouvailles technos et qu’il pleut beaucoup à Paris. On n’est pas loin du foutage de gueule, là.

Avec Dragonmarx de Philippe Curval on y est carrément. Ou disons que c’est une pochade, une longue plaisanterie délirante où on mélange tout comme dans une satire de fantasy déjantée : un communisme magique ayant fait alliance avec le dieu Wotan, du cirque, des manipulations génétiques, les chevaliers teutoniques, Siegfried le beau blond aux yeux bleus, l’hydre capitaliste et les marchés, la misère des petits et quelques fellations. Le n’importe quoi comme ambition littéraire, fallait oser. Curval l’a fait et Lehman en a été heureux. C’est vrai qu’il y a de la métaphysique dedans.

Encore un morceau de rigolade avec Terre de Fraye de Jérôme Noirez. Décidément, je ne m’attendais pas à autant d’humour. Celui-là est au premier degré, je préfère. Cette histoire d’une rencontre entre un surfeur et une entité a lieu sur une Terre « parachronique », un aujourd’hui d’un temps parallèle où le bloop a commencé à transformer la planète en faisant surgir de l’océan toutes sortes de bestioles monstrueuses. Le mélange entre une réalité à peine différente d’une Amérique envahie par les eaux et où on survit en pleine déliquescence et les voyages mentaux du surfeur dans la mémoire de l’extra-terrestre quand ils font l’amour est particulièrement réussi. Par contre la chute manque sérieusement d’originalité. La complaisance de Noirez pour les longues listes de choses dégueulasses n’a pas le temps d’énerver le lecteur en quelques dizaines de pages. Distrayant et sympathique.

Je vous prends tous un par un de David Calvo ressemble à un exercice de style absurde. Un type qui se prend pour un pharaon écrase des moustiques pendant sept pages. C’est de la SF ce truc, de la métaphysique ? Bon d’accord !

Et le recueil se finit sur Hilbert Hôtel de Xavier Mauméjean. Une idée qui ne me semble pas neuve, un hôtel de taille infinie, que Borges aurait traitée en trois pages vertigineuses, et qui se traîne sur une trentaine. Bien écrit, certes, mais faut-il y voir là encore un sens caché et métaphysique ?

Voilà : des quinze grands récits de SF annoncés il n’y en a que quatorze et qui ne sont pas tous de la SF, loin s’en faut.

Comme vous le savez, j’ai du mal avec la littérature de mon temps. Je ne suis pourtant pas complètement obtus et je fais des efforts. Mais je ne vois pas vraiment le rapport entre la préface et les textes choisis. Et je ne comprends pas la majorité des choix puisqu’ils ne sont pas basés sur l’idée que j’ai, moi, de la science-fiction.

Alors, en résumé de cette lecture, un chef d’œuvre (Lumière Noire de Day), deux très bons textes (Kloetzer et Noirez) et des nouvelles correctes (Colin, Dufour, Dunyach, Henry). Ces dernières n’étant pas forcément toutes de la SF. Je maintiens donc ma recommandation d’achat (si vous êtes riches ou quand vous le trouverez d’occas’) puisqu’on arrive à 7 sur 14. Et puis, comme moi, vous saurez alors ce que c’est que la SF d’aujourd’hui selon un de ses théoriciens les plus en vue.

Enfin, n’oubliez pas qu’il existe encore, dans le beau pays de France, plein de bons auteurs de science-fiction qui n’ont pas été retenus dans cette antho d’une partialité avérée mais assumée.

Tag(s) : #science-fiction- Planète SF

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