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"Griots célestes I – Qui-vient-du-bruit" de Pierre Bordage

 

Ben oui, quoi, nous avons, chanceuses Grenouilles, quelques livrettistes d’opéras spatiaux bien de chez nous. Profitons-en, que diable, en direct et en version originale dans le texte.

Dans les sphères pseudo-intellos des critiques officiels, auto-proclamés et neurasthéniques, il est de bon ton de snober Pierre Bordage. D’abord il n’est pas anglo-saxon – grave tare et, en plus, il arrive à vendre ses bouquins et à vivre de sa plume. Forcément que, quand on est médoc, libraire ou informaticien dans la vraie vie hors forum, ça fout les boules et l’envie.

Foin des éructatiat194.jpgons aussi inutiles que finalement convenues, le Bademoude a déjà lu Bordage et a dit ce qu’il en pensait : du bien plus souvent que du mal.

(Pour info, j’en ai un peu marre de vous filer des liens sur mes vieux biftons : si jamais ça vous intéresse, mon ancien vaisseau support Yozone a un moteur de recherche fonctionnel, gloire à lui).

Avec ses griots célestes - une super idée -, le Pierre nous entraîne avec talent sur plusieurs planètes colonisées il y a longtemps par une humanité après la grande Dispersion et qui ne sait plus aller de mondes en mondes. Ces chanteurs à l’africaine, aimés ou pas selon les mondes, sont les seuls à voyager sans prendre en compte le temps relatif car ils sont véhiculés par la Chaldria, qui se fiche du Temps. Ils sont là pour rappeler aux différentes branches de l’humanité qu’elle sont toutes issues du même arbre.

Outre les aventures conjuguées d’un vieux griot (fort de son expérience avec son heptacorde qui vibre direct dans les émotions des gens) et d’un jeune recruté (qui a été formé à l’écoute des sons de forme, un concept original qui permet de comprendre le fond au-delà de – justement - la forme), Bordage nous fait voyager. Ses planètes sont tout aussi originales et intéressantes que celles de Jack Vance et ses héros sont à la fois bizarres et humains, le jeune griot d’abord, mais aussi les mutants, et encore les hybrides avec des aliens.

Pierre laisse couler sa verve, son talent de raconteur d’histoires, mais n’oublie jamais que la SF (space-op y compris) est avant tout une façon de poser des questions. Et ce qui travaille Bordage c’est la définition de l’humain ou, si vous préférez, ses limites. Quand définit-on que tel être n’est plus qu’un animal à manger ? Quand donc une machine acquiert-elle la conscience et, de facto, l’humanité ? Cette dernière n’est-elle pas une trop longue succession d’horreurs, de guerres et de souffrances ? Avec des petits bouts d’espoir dedans ?

Certes on peut bémoliser, trouver parfois un peu gnangnan certains épisodes. On peut estimer que la fin du livre n’est pas à la hauteur du reste, ou contester le procédé consistant à introduire les chapitres par des trucs en italiques censés être des textes retrouvés par on ne sait qui on ne sait où et qui servent comme par hasard le propos. En poussant le bouchon du pinaillage on peut même considérer que la fin, prévue dans les prophéties, nous fait passer de la SF à la fantasy.

Pourtant, néanmoins, nonobstant et quoi qu’il advienne, Pierre Bordage écrit de la belle et bonne SF comme on aimerait en lire plus souvent.

Chacun voit midi à sa porte, bien sûr, mais pour qui n’a pas lu QUE de la SF, pour qui picore ici ou là, cette littérature de tous les possibles sera toujours porteuse de questions et d’espoir. N’en déplaise aux contemplateurs du nombril de soi comme acte artistique littéraire définitif.

Merci Pierre, continue !

Tag(s) : #science-fiction- Planète SF

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