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."Or not to be" de Fabrice Colin


Difficile pour un billettiste qui lit plus souvent du space-op que de la philosophie de vous causer d’un tel bouquin. Ne me prenez pas pour un transhumain.

Inspiré par le maître de Buenos-Aires dont le dernier conte s’intitule La Mémoire de Shakespeare, Colin justifie et suit les préceptes de Borgès pour qui tout a déjà été écrit, la mémoire comme la littérature étant un palimpseste où une couche recouvre la suivante, légèrement modifiée.

Colin a publié avec ce texte (en 2002) un étrange et splendide roman fantastique sur la folie, la mémoire, le double, le rapport mère-fils, l’amour.

Dans les années 20, Amleth l’amnésique s’échappe de la maison de repos  à la mort de sa mère. Son arrivée à Londres correspond au retour de ses souvenirs avec son journal de ses années d’enfance. Et il part pour Fayrwood , le village où, à 7 ans, il s’est perdu dans la forêt et où on lui a donné son premier Shakespeare. Depuis il n’y a plus eu que l’auteur dans sa vie d’adolescent et de jeune adulte. Il en rêve, s’approprie sa mémoire, devient son double 300 ans après.

Avec son retour à Fayrwood les choses vont se précipiter, se cristalliser autour de la belle et étrange Maryam, la fille du château où le comte, la comtesse et le jeune fils entretiennent d’étranges relations. Amleth vit à l’auberge des Deux Sœurs. Hermia veille sur lui et il y retrouve le rouquin Henry qu’il a rencontré quand il avait 7 ans. Il découvre le rituel auquel participent ceux du château, le prêtre, le peintre et d’autres encore. Et il y a Shakespeare qui observe … et il y a le dieu Pan.

Désolé les gens, c’est inracontable. J’ai trouvé cette histoire splendide et remarquablement écrite. Avec beaucoup de variations dans le mode d’écriture mais jamais gratuitement, pour coller au récit. Les incidences non explicites sur la mort, l’amour, l’art, la création, la vie, en plus du double, de la mémoire et de la schizophrénie vous remuent gentiment les neurones et vous entraînent dans d’étranges réflexions.

Le seul truc qui m’a un peu gêné, et qui peut affaiblir l’impact sur un lecteur comme moi, c’est la sauce psychanalytique junguienne qui met le roman entre parenthèses, quelques pages écrites par l’aliéniste au début et à la fin. Le complexe d’Œdipe serait partie prenante de l’inconscient collectif ? Ben non, je ne suis pas d’accord.

Sinon c’est une heureuse découverte, qui me conforte dans l’idée que Fabrice Colin est un sacré bon écrivain, capable d’écrire ce roman indéfinissable, ambitieux, audacieux mais plus que lisible, prenant, de la fantasy où hurlent les dragons et les dieux maudits, de la littérature de jeunesse ré inventant la vampirologie et, semble-t-il, bien d’autres choses encore.

Chapeau bas, l’artiste.

Tag(s) : #fantastique

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