Mardi 24 novembre 2009
"Par-delà les murs du monde" de James Tiptree Jr.

Ça fait presque une semaine que j’essaye d’avancer dans ce bouquin. Je fais des efforts parce que je n’avais rien lu de cette dame au pseudo de monsieur. Mais, vous me connaissez, je ne suis pas critique mais billettiste, alors j’arrête de m’ennuyer à essayer de suivre cette histoire, page 232 sur 492.

Trois lignes narratives, pourquoi pas ? Un univers totalement étranger, où des êtres volants organisés en étrange société, avec des pères qui s’occupent des œufs et des petits, perçoit une menace capable d’avaler des mondes et qui leur fonce dessus. La solution pourrait être de transférer leurs esprits dans les corps de Terriens.

Sur Terre, donc, un groupe de sujets psys est cornaqué par un vieux fou, des militaires qui veulent les utiliser comme moyen de communication, et un médoc drogué amoureux d’une belle black.

La troisième ligne narrative est écrite en capitales et concerne cet énorme truc capable d’avaler des mondes (voir plus haut) mais doté d’une conscience dont elle nous fait part.

Alors c’est de la SF censée vous entraîner ailleurs, tellement loin que vous ne comprenez pas grand-chose, que vous devez ouvrir des yeux ébahis devant tant d’imagination. Mais en fait ça m’ennuie. Des tas de phrases pleines d’adjectifs pour vous faire apréhender la complexité des forces innommables entraînant les esprits dans des maelstroms de sons-énergies qui se moquent de la vitesse de la lumière et des pseudo raisonnements étrangers pour que vous soyez convaincus qu’il s’agit bien de formes de vie incompréhensibles par des humains. Parce que, sur Terre, les pensées du médoc et la psychologie à deux balles cinquante des sujets n’ont vraiment rien d’original.

Trop long, trop ennuyeux, trop mal raconté. Désolé Tiptree Junior, je ne reboirai pas de ton eau.  


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Dimanche 22 novembre 2009
 

"The Waters of Mars", épisode spécial de Doctor Who, novembre 2009

 

Et voilà un épisode qui fait déjà débat dans les anglaises chaumières, et dans les nôtres aussi. Le Docteur se retrouve sur Mars, dans la première colonie terrienne, au moment où le drame se noue. Il y a quelque chose dans l’eau, qui transforme les humain s en autre chose qui dégouline et qui est avide d’eau. Ce sont les deux techniciens en charge de la serre qui sont transformés, puis petit à petit les autres. C’est la panique. Le Docteur refuse d’intervenir. Ce drame de 2059 est inscrit dans l’Histoire et a une importance fondamentale pour le futur de l’Homme dans les étoiles. Le Seigneur du Temps, le dernier de son espèce (ou presque ?), connaît l’avenir. Il ne doit pas interférer. Oui mais, se dit-il, ne suis-je pas le seul à pouvoir le faire ?

Je ne vous raconte pas la fin. Cet épisode, l’antépénultième avant la régénération de David Tennant en Matt Smith, est particulièrement dramatique. La décision prise par le Docteur est gravissime pour lui. Les scénaristes nous en montrent une nouvelle facette : en proie au doute, partagé entre ce qu’il sait être son devoir et son envie de sauver des vies.

Sinon l'épilogue est un peu faible et d'autres possibilités semblaient offertes au Docteur et à son Tardis.

Quand même, on ne peut que répéter que Doctor Who reste "la meilleure série de SF de tous les temps depuis tout ce temps", et que David Tennant est un acteur extraordinaire dont le talent emporte tout, même dans cette histoire qui laisse peu de place à l’humour (il y a quand même les bicyclettes et les robots).

 

Pour les curieux il y a plein de papiers en Yozone par mon pote Hervé sur la série.


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Jeudi 19 novembre 2009

"L’Anthologie officielle des Utopiales 2009" publié sous la direction de Jérôme Vincent, avec la collaboration de Charlotte Volper et Eric Holstein.

 

Mon pote Hervé qui, lui, va dans le monde et n’a pas peur de la grippe, m’a ramené cet opuscule de son séjour nantais.

Déjà on ne comprend rien au choix qui a présidé à la fabrication du bouquin puisque ce n’est explicité nulle part. On peut faire l’hypothèse que ce sont les gens d’ActuSF qui l’ont effectué. Les auteurs, sept, étaient censés être présents à la manifestation, mais certains ne se sont pas déplacés (grippe ?).

On commence avec une intro-préface de Ugo Bellagamba : Où sont passés nos mondes meilleurs ? Le monde meilleur c’est le virtuel, celui des jeux vidéo, d’internet et des avatars, l’autre, le vrai, n’est vraiment pas brillant. Et de citer tous les conflits en cours en omettant délibérément la Palestine (pour ne choquer personne ?). Le ton se veut un peu comique et détaché et la conclusion sans surprise : le monde meilleur vous le trouverez dans la culture, dans la littérature en particulier.

Suit Les Perséides de Robert Charles Wilson. Un texte de 1995 (!) sans grand intérêt qui parle d’un type qui admire les étoiles, qui tombe amoureux d’une fille de la génération X (celle d’après le baby boom, une punkette tatouée et piercée quoi) qui aime aussi un autre type. On reparle encore du paradoxe de Fermi et l’interprétation n’a pas grand intérêt. Bof, bof.

La nouvelle de Catherine Dufour, au titre étonnant Un temps chaud et lourd comme une paire de seins, est bien sûr remarquablement écrite. C’est la vie d’une femme flic qui cherche à comprendre pourquoi les femmes tuent les hommes. Il y a beaucoup d’acidité dans l’humour et l’ambiance est désabusée. C’est donc du Dufour d’aujourd’hui : triste.

Ma préférée est cette uchronie individuelle de Walter John Williams, Elvis le Rouge, qui date quand même de 1994 et qui a déjà été publiée en français en 2000. Et si Elvis avait été effectivement un rebelle, un révolutionnaire, un homme de gauche ?

De ma prison par Pierre Bordage rend bien compte des réflexions de son auteur sur sa difficulté à adhérer aux religions malgré sa recherche du pourquoi de notre présence sur Terre. Une sorte de métaphysique personnelle. Pas vraiment gai non plus mais bien écrit.

George et la comète de Stephen Baxter (1991 !) ne risque pas de changer mon opinion sur cet auteur, qui continue à vouloir faire le biologiste et l’écologiste sans en avoir les bases. Sa non-histoire a quand même, semble-t-il et du moins l’espère-je, une velléité comique.

La dernière, Préquelle de Jean-Philippe Jaworski, est une nouvelle à chute. Une histoire d’épée magique dans les steppes avec plein de morts, des femmes objets et tous ces trucs bien machos pourris et bien sanglants comme on les aime dans la fantasy héroïque. Mais pour une fois c’est écrit de telle sorte qu’on n’a pas à relire les phrases. Juste des mots savants que personne ne connaît mais dont tout le monde se fout. Il y a donc du progrès.

Alors qu’est-ce que c’est que cet opuscule ? Des textes récents de 4 auteurs français et des fonds de tiroir de 3 anglo-saxons. Quel est l’objectif de cette juxtaposition de choses disparates ? Pourquoi ces 7 auteurs sur la centaine d’invités ? C’est ça les mondes meilleurs imaginés aujourd’hui (ou il y a 18 ans) ? Je vous laisse répondre et je retourne à ma désolation.


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Lundi 16 novembre 2009

."Or not to be" de Fabrice Colin


Difficile pour un billettiste qui lit plus souvent du space-op que de la philosophie de vous causer d’un tel bouquin. Ne me prenez pas pour un transhumain.

Inspiré par le maître de Buenos-Aires dont le dernier conte s’intitule La Mémoire de Shakespeare, Colin justifie et suit les préceptes de Borgès pour qui tout a déjà été écrit, la mémoire comme la littérature étant un palimpseste où une couche recouvre la suivante, légèrement modifiée.

Colin a publié avec ce texte (en 2002) un étrange et splendide roman fantastique sur la folie, la mémoire, le double, le rapport mère-fils, l’amour.

Dans les années 20, Amleth l’amnésique s’échappe de la maison de repos  à la mort de sa mère. Son arrivée à Londres correspond au retour de ses souvenirs avec son journal de ses années d’enfance. Et il part pour Fayrwood , le village où, à 7 ans, il s’est perdu dans la forêt et où on lui a donné son premier Shakespeare. Depuis il n’y a plus eu que l’auteur dans sa vie d’adolescent et de jeune adulte. Il en rêve, s’approprie sa mémoire, devient son double 300 ans après.

Avec son retour à Fayrwood les choses vont se précipiter, se cristalliser autour de la belle et étrange Maryam, la fille du château où le comte, la comtesse et le jeune fils entretiennent d’étranges relations. Amleth vit à l’auberge des Deux Sœurs. Hermia veille sur lui et il y retrouve le rouquin Henry qu’il a rencontré quand il avait 7 ans. Il découvre le rituel auquel participent ceux du château, le prêtre, le peintre et d’autres encore. Et il y a Shakespeare qui observe … et il y a le dieu Pan.

Désolé les gens, c’est inracontable. J’ai trouvé cette histoire splendide et remarquablement écrite. Avec beaucoup de variations dans le mode d’écriture mais jamais gratuitement, pour coller au récit. Les incidences non explicites sur la mort, l’amour, l’art, la création, la vie, en plus du double, de la mémoire et de la schizophrénie vous remuent gentiment les neurones et vous entraînent dans d’étranges réflexions.

Le seul truc qui m’a un peu gêné, et qui peut affaiblir l’impact sur un lecteur comme moi, c’est la sauce psychanalytique junguienne qui met le roman entre parenthèses, quelques pages écrites par l’aliéniste au début et à la fin. Le complexe d’Œdipe serait partie prenante de l’inconscient collectif ? Ben non, je ne suis pas d’accord.

Sinon c’est une heureuse découverte, qui me conforte dans l’idée que Fabrice Colin est un sacré bon écrivain, capable d’écrire ce roman indéfinissable, ambitieux, audacieux mais plus que lisible, prenant, de la fantasy où hurlent les dragons et les dieux maudits, de la littérature de jeunesse ré inventant la vampirologie et, semble-t-il, bien d’autres choses encore.

Chapeau bas, l’artiste.


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Mercredi 11 novembre 2009
Maintenant que je blogue dans la solitude perdue au milieu du grand vide, je peux dire n’importe quoi et je ne vais pas m’en priver.
Et non, ami lecteur abonné au flux, il n’y a pas de livre ou de série télé associée à ce bifton. C’est ce qu’il est convenu d’appeler de l’humeur, mauvaise si on en croit mon pseudo, mais là pas vraiment.
Depuis la préface de Serge Lehman dans son antho Retour sur l’horizon chez Lunes d’Encre, que je n’ai pas lue, ni le reste du bouquin d’ailleurs- je n’ai plus de SP depuis qu’Hervé a quitté la Yozone, et si c’est pour me faire suer sur 8 textes sur 1 0 j’évite de dépenser-, le microcosme est pris de folie. Il se déchire, s’engueule et vitupère dans une cacophonie extraordinaire.
Et voilà que, en plus, Fabrice Colin choisit ce moment pour pondre un bifton incendiaire (de facto un faux brûlot tout en finesse, suivi d’un second) où – en substance – il dit qu’il a un peu fait le tour de la mare aux canards où il patauge présentement et qu’il lui jetterait bien un pavé avant de prendre un ruisseau de traverse qui s’en écoule pour rejoindre la grande mer de la littérature, non pas générale mais en général.
Franchement, sans déconner, où est le problème ?
En fait il n’y en a pas. La SFFFF de pffff n’aimerait pas trop la remise en question ? Même pas vrai, elle l’adore. Les forumeux font semblant de trouver ça important, ça leur donne l’occasion de s’exprimer, de brandir bien haut leur culture et leur petit drapeau, qui de l’anticipation de papa, qui du merveilleux scientifique du trisaïeul, qui de la new wave des seventies, qui de l’Âge d’Or des fifties, qui de qui a lu Pynchon, ou Houellebecq, ou Murakami.
Des centaines de pages de fils répétitifs et sans intérêt où on fait semblant de s’engueuler mais pas trop parce qu’on s’aime bien quand même, parce que personne n’a d’ennemis ou d’antipathie. Ben oui, hein, ce ne serait pas malin pour être publié ou nommé dir litt.
L’hypocrisie me fait gerber, la posture aussi. Même si, de temps en temps, quelque chose d’intelligent ou d’intéressant sort de cette loghorrée forumique entre gens qui s’amusent entre eux, chez ActuSF ou au Cafard cosmique, le bilan est quand même d’une extrême vacuité et d’un nombrilisme confondant.
Très content je suis de ne pas en être participant. Tout ce que j’aurais à dire est bien trop bête : il y a des bons et des mauvais livres, des délices et des daubes.
Les étiquettes c’est comme les uniformes, on les enlève pour voir ce qu’il y a dessous.
Et que vogue la galère, du moment que je ne rame pas !

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